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La Working Girl

Pourquoi il faudra soutenir les librairies indépendantes après le confinement

J’ai longtemps été une acheteuse compulsive de livres. Si j’ai tendance à me raisonner depuis quelques années (et j’achète forcément moins de livres du fait de mon travail et des services de presse que je reçois gratuitement), j’ai longtemps acheté des livres pour de nombreuses raisons – qui me semblaient toutes valables : parce que celui-ci me faisait envie, parce que celui-là avait une superbe couverture, parce qu’acheter tel autre me remonterait forcément le moral… Pendant mes deux années de classes préparatoires, l’une de mes activités préférées pour me réconforter après un examen raté consistait à arpenter en long et en large les allées de chez Gibert et à retourner les livres sur les tables. Cela me semble aujourd’hui bien lointain !

Quand toutes les librairies auront la possibilité de réouvrir dans les prochains jours, j’espère être la première à les soutenir en m’offrant quelques livres. Entendons-nous bien : ma PAL déborde, et je n’ai absolument pas besoin de livres actuellement. Mais ce sera ma façon d’être un peu solidaire.

Pourquoi faudrait-il absolument soutenir les libraires après le confinement ?

Parce que ce sont des commerces à la trésorerie fragile

Les librairies reposent sur une économie très fragile. Cela est notamment lié à deux raisons assez simples : tout d’abord, ils perçoivent en moyenne entre 30 et 38% du prix d’un livre. Sachant qu’un auteur en touche en moyenne 8%, cela peut paraître beaucoup. Or si l’on déduit le montant du loyer de leur magasin, et de leurs charges, la réalité est que bien souvent, les libraires sont très mal payés ou doivent travailler seuls.

De plus, un libraire ne peut avoir dans son magasin toutes les références de livres disponibles. Quand on sait que près de 70 000 nouvelles références paraissent chaque année, imaginez un peu comment les ranger… Il doit donc faire des choix, et ne peut évidemment tout vendre. Cela ne paraît pas bien gênant : après tout, votre hypermarché ne vend peut-être pas toutes les références de sauce tomate non plus, et ça ne l’empêche pas de faire de l’argent. Or le marché de la sauce tomate n’est pas celui du livre : c’est celui qui compte le plus de références, plus que celui de la pharmacie !

Le résultat : il arrive souvent que vous alliez voir votre libraire, et qu’il n’ait pas votre livre en stock. Et s’il peut vous le commander en quelques jours, pour certains, la tentation est toute trouvée et finissent sur Amazon. En bref, en quelques années, entre une perte (mesurée) d’intérêt pour le livre, la concurrence du commerce en ligne, et les récentes crises sociales, de nombreux libraires subissent des difficultés.

Je précise que je schématise – d’une parce qu’il s’agit d’un système beaucoup plus complexe que cela, et parce que je ne suis sans doute pas la mieux placée pour l’expliquer.

Une chose est sûre en tout cas : si vous rêviez de devenir libraire et de faire fortune, changez de rêve ou jouez au loto.

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En tout cas, la fermeture imposée par le gouvernement aux librairies et aux autres commerces le 14 mars a sans nul doute fragilisé leur économie, et sans un redémarrage rapide, nombre d’entre elles pourraient avoir du mal à poursuivre leur activité. C’est donc plus que jamais le moment de les soutenir !

Et pour rappel : le livre est au même prix partout !

Parce qu’ils soutiennent l’ensemble de la chaîne du livre

Je vous le disais : environ 70 000 nouvelles références paraissent en librairie chaque année. De quoi avoir le vertige.

Prenons l’exemple de la rentrée littéraire, qui entraîne chaque automne l’arrivée massive de 500 à 700 nouveaux romans sur les tables de vos libraires. Comment leur donner une visibilité à toutes ? Sans le libraire qui prend le temps de lire et de dénicher certaines pépites, vous pourriez être sûrs de ne voir que quelques mêmes romans partout.

Certains livres trouvent leur public via internet, ou en hypermarchés. Mais soyons honnêtes, il ne s’agit souvent que de quelques best-sellers ou de romans de genre (romance, imaginaire). Pour certains éditeurs, les libraires indépendants sont le seul circuit qui puisse réellement leur donner de la visibilité.

Depuis mi-mars, l’ensemble de la chaîne du livre est quasiment à l’arrêt : si les librairies sont fermées, les éditeurs ne vendent pas de livres et se retrouvent en difficulté, tous comme les auteurs qui y perdent également. En bref, en allant chez votre libraire, vous soutenez toute une industrie culturelle également fragilisée à différents niveaux.

Lire comme remède à la mélancolie

En ces temps difficiles, lire n’est-il pas encore une échappatoire parfaite pour s’extraire un peu du climat morose ? A défaut de pouvoir profiter de vrais voyages, pourquoi pas s’offrir une petite dose de voyage à domicile ? C’est peut-être l’argument le plus bête, mais aussi le plus essentiel.

Je crois que les livres font partie des biens de première nécessité. Je ne partirais pas sur une île déserte sans ma bibliothèque dans mon sac à dos. Peut-être parce que je suis mordue de lecture et que j’en ai fait mon métier. Je ne pensais pas pour autant comme Bruno Le Maire mi-mars qu’il fallait réouvrir les librairies à tout prix.

Je travaille pour une maison d’édition et ai pu télétravailler de mon salon pendant des semaines – je trouve qu’il aurait été bien présomptueux de demander à des libraires de risquer leur santé pour maintenir l’économie de la chaîne du livre quand je pouvais gérer mes mails depuis mon canapé.

Pour autant, je tiens à apporter mon soutien aux libraires qui ont déjà repris une activité partielle grâce à de nombreuses initiatives comme la livraison à domicile, ou le click and collect. Pour retrouver toutes les librairies participantes et faire un geste, vous pouvez les retrouver ici, sur le site de Je Soutiens Ma Librairie.

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’économie de la librairie en général et particulièrement en ce moment, voici quelques liens utiles :

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Pensez-vous rendre visite à un libraire après le confinement ? Si oui, lequel ? Et quel serait le premier livre que vous achèterez ?

2 Comments

  • Moka

    Bel article.
    Le confinement m’a permis de me concentrer sur mes piles ensommeillées. J’ai pu enfin me consacrer à des romans qui m’attendaient depuis si longtemps…
    J’ai vu aussi que j’avais une chance folle de posséder de nombreux livres (SP, cadeaux, achats compulsifs et autres…)
    Je pense que je vais cibler plus raisonnablement mes achats (Petites maisons d’éditions qui auront aussi besoin du soutien des lecteurs) mais il est indéniable que mes deux librairies chéries me verront les soutenir, et bien au-delà de la réouverture.

    • Laroussebouquine

      Il est vrai que ce confinement nous aura au moins permis de découvrir tous ces livres endormis dans notre bibliothèque depuis trop longtemps.
      Et je trouve qu’il y a un petit côté grisant dans le fait de préparer une wishlist sans craquer pendant plusieurs semaines. Le retour en librairie n’en sera que plus heureux !

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