pechblende
La Lectrice

Pechblende – Jean-Yves Lacroix

1938. Embauché dans une librairie de livres anciens où se pressent les écrivains de l’entre-deux-guerres, Lucien apprend les règles du métier, jusqu’à l’art de la contrefaçon, et celles de l’amour fou. Il s’est épris de Laura, étudiante en physique au Collège de France, qui fait auprès de Frédéric Joliot-Curie des recherches sur la scission de l’atome à partir du dioxyde d’uranium, la pechblende, littéralement – “la pierre qui porte malheur”. Mais la guerre éclate et son patron, Edouard Mesens, entre en clandestinité. Lucien doit choisir : la passion ou le devoir.

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Parmi le peu de livres que j’ai emportés avec moi dans mes valises en Angleterre, Pechblende faisait partie des élus. Il faut dire que je mourrais d’envie de lire cette parution de la rentrée littéraire. Comment résister avec un résumé pareil ? Pour ceux qui ne le savent pas encore, j’aime beaucoup les romans historiques (quand ils prennent pour cadre une époque relativement récente, j’aime pas trop quand ça se passe au Moyen-Age par exemple), et en particulier ceux qui se déroulent pendant la seconde Guerre Mondiale, même si ce ne sont pas les livres qui manquent à ce sujet.

Du point de vue historique, il y a effectivement ce qu’il faut. L’auteur plante bien le décor du Paris intellectuel au milieu des années 1940, où les esprits s’échauffent en silence, pour ne pas éveiller les soupçons des Allemands (mais en se payant bien leur tête quand même). C’est le Paris du quartier latin, de la bibliothèque Saint-Geneviève, de Gibert Jeune, de Normale Sup’ rue d’Ulm et du jardin du Luxembourg. J’ai adoré cette ambiance à la fois si familière du point de vue des lieux et si étrangère du point de vue l’époque. Les détails historiques sont nombreux, notamment sur la découverte de cette “pechblende” dont je ne savais rien.

“Tu vois Lucien, les parents meurent toujours trop jeunes pour répondre aux questions qu’on ne leur a pas posées. On a beau gratter la terre, elle digère tous les secrets. Alors, l’un et l’autre, nous avons commencé à chercher ailleurs : moi dans les molécules, toi dans les livres, une vérité qui nous concerne et nous aide à vivre.”

Maintenant, du point de vue de l’histoire en elle-même, j’avoue être restée un peu sur ma faim en quelque sorte. Je m’attendais à quelque chose de plus. A peut-être plus m’attacher aux personnages, tout simplement, car ça n’a pas été vraiment le cas. En effet, Jean-Yves Lacroix, même s’il écrit très bien et je ne lui enlèverai pas ça, ne crée pas franchement de proximité avec ses personnages – sans que je puisse vraiment dire pourquoi – et j’avoue que ça m’a beaucoup ennuyée par moments. L’histoire d’amour entre Lucien et Laura avait de quoi me toucher, mais finalement cela n’a pas vraiment été le cas. C’est comme si je n’arrivais pas bien à cerner les personnages, et du coup on les laisse un peu de côté.

Pour autant, je mourrais d’envie de lire la suite et de connaître la fin de cette histoire dans le Paris occupé, mais j’avoue que j’en attendais finalement un peu plus.

Il n’empêche que c’est un bon page-turner sur le Paris des intellectuels et des scientifiques pendant l’Occupation, où intérêts personnels se mêlent à ceux du pays pour ceux qui s’engagent dans la Résistance. L’auteur montre assez bien que les deux ne vont pas toujours ensemble et que l’engagement reste toujours difficile. C’était une bonne lecture, et peut-être même plus, mais je regrette d’avance le fait que je n’en garderai pas un grand souvenir…

 

Pechblende ; Jean-Yves Lacroix

Albin Michel

18 août 2016

310 pages

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