Revue : Jours sans Faim – Delphine de Vigan – COUP DE COEUR !

Revue : Jours sans Faim - Delphine de Vigan - COUP DE COEUR !

Titre : Jours sans Faim

Auteur : Delphine de Vigan

Editions : J’ai Lu (initialement paru chez Grasset)

Nombre de pages : 125

Date de parution : 2001

Quatrième de couverture : « Cela s’était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Sans qu’elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s’asseoir.

En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l’insomnie qui accompagne la faim qu’on ne sait plus reconnaître.

Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu’elle était arrivée au bout et qu’il fallait choisir entre vivre et mourir. »

Mon avis : J’avais hâte de commencer cette revue et en même temps… Elle va être très dure à réaliser. C’est une nouvelle fois grâce à Margaud Liseuse que je me suis plongée dans cette lecture, et comme elle l’avait si bien dit, Delphine de Vigan, ce sont des lectures qui nous déroutent. Je ne connaissais cette auteure que par No et Moi jusque là, et déjà ce premier livre m’avait beaucoup marqué. Avant de me plonger dans Rien ne s’oppose à la Nuit qui est dans ma wish-list depuis des années, je souhaitais la redécouvrir avec un autre roman, plus ou moins autobiographique, Jours sans Faim. C’est un roman qui a d’abord été publié sous pseudonyme en 2001, et qui traite de l’anorexie. On y découvre le personnage de Laure, anorexique mentale, au moment où elle accepte enfin de se faire hospitaliser, son état étant devenu très critique. Elle raconte ainsi son expérience, comment elle en est arrivée là, comment elle vit son hospitalisation, sa relation si compliquée avec son corps, et comment elle compte vivre, après cela.

Evidemment, si vous cherchez une lecture légère et pleine d’humour, passez votre chemin, ce livre ne vous réjouira pas beaucoup. Néanmoins pour moi, il s’agit d’un véritable coup de coeur, ni plus ni moins. La plume de Delphine de Vigan est absolument incroyable. On pourrait relever des citations toutes les deux pages tant le texte en lui-même est sublime. Du moins, personnellement j’ai vraiment adhéré. Il y avait une certaine poésie et une grande mélancolie dans son écriture que j’ai adorées. Au début du roman, on se sent très extérieur à Laure (la narration se fait à la troisième personne, mais le point de vue adopté est souvent externe). Il faut progresser dans le récit pour enfin avoir accès à ses pensées, et sans doute aussi pour pouvoir saisir ses angoisses, ses peurs, et la comprendre.

J’ai également adoré l’histoire de ce roman. L’anorexie est un sujet qui généralement me touche beaucoup, mais je l’ai trouvé ici traité avec beaucoup de finesse, sans tomber dans le mélodrame. Je n’ai pas eu pitié de Laure ; je l’ai comprise. On comprend aussi les différents regards extérieurs qui sont évoqués dans le roman, face à la maigreur et la maladie, qu’ils ne perçoivent / comprennent ? pas toujours. Il m’est encore difficile de parler ce roman à vrai dire, bien que j’aie volontairement attendu pour la faire, et j’ai la sensation que ma revue ne lui rendra pas justice. Cela m’arrive rarement, à part dans le cas de réels coups de coeur, comme celui-ci, où l’on se sent même incapable de lire autre chose après. Personnellement, il m’a fallu quelques temps pour « digérer » le livre, et entamer autre chose. Il s’agit pour moi de l’un de ces livres difficiles à aborder mais qui, au final, vous font du bien. C’est une lecture qui m’a beaucoup fait réfléchir, et je pense même la relire d’ici quelques temps pour mieux m’en imprégner encore.

Voilà, je pense que j’en ai enfin fini… Vous pouvez penser que c’est peut-être un peu beaucoup, mais je suis très, très contente d’avoir fait cette découverte ce mois-ci pour tout ce qu’elle m’a fait vivre. Je vous la souhaite évidemment vivement, en espérant que vous ressentiez les mêmes choses que moi, mais je vous souhaite avant tout de ressentir ces émotions face à n’importe quel livre. C’est dans ces moments que je me rappelle pourquoi j’aime tant lire. Bon, après cette éloge bien lyrique à la lecture, je vous laisse, et j’espère vous revenir bientôt pour d’autres articles !

« Elle n’avait plus de place pour exister, dans le regard de ses parents, dans ce désir de leur plaire, dans cette quête de réussite, de perfection qu’elle avait faite sienne. Au début elle voulait simplement rétrécir un peu, pour se soustraire à cette emprise, et puis un jour elle avait voulu disparaître.

Parce que c’était tellement facile. »

« Elle était comme une bouche énorme, avide, prête à tout engloutir, elle voulait vivre vite, fort, elle voulait qu’on l’aime à en mourir, elle voulait remplir cette plaie de l’enfance, cette béance en elle jamais comblée.

Parce qu’il faisait d’elle une proie ouverte au monde, elle avait muré ce désir dans un corps desséché, elle avait bâillonné ce désir fou de vivre, cette quête absurde, affamée, elle se privait pour contrôler en elle ce trop-plein d’âme, elle vidait son corps de ce désir indécent qui la dévorait, qu’il fallait faire taire. »

« La vie d’avant n’est qu’un souvenir anesthésié et la vie d’après se chuchote comme une promesse impossible. »

2 commentaires sur “Revue : Jours sans Faim – Delphine de Vigan – COUP DE COEUR !

  1. C’est toujours difficile de mettre à l’honneur un livre qui nous a bouleversé et d’autant plus lorsque ce roman aborde un sujet aussi douloureux comme l’anorexie par exemple. J’ai également lu No & Moi il y a quelques années et la plume de l’auteur m’avait séduite. Je pense donc que dès que j’en aurai l’occasion, je renouvellerai l’expérience avec Jours sans faim qu’une amie m’avait d’ailleurs conseillé .

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