Héloïse Combes et Son Bel Orage – La revue et l’interview !

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Mon Bel Orage ; Héloïse Combes

La Rémanence

Octobre 2015

104 pages

Quatrième de couverture : « Rien ne semblait devoir arriver. Rien ne semblait pouvoir exister d’autre que ce brouhaha cotonneux des couloirs, ces bousculades adolescentes chaque heure à la porte d’une salle de classe qu’on quittait, chaque heure, pour une autre salle de classe où tout serait pareil : chaque heure le bruit de troupeau qui s’engouffre puis freine, dérapages de semelles en caoutchouc doublés de grincements de chaises, et ensuite l’ennui, la voix soporifique du prof, l’ennui, la craie blanche qui crisse sur le tableau vert sombre, l’ennui, le néon qui crépite toujours un peu, une gomme qui tombe, le vol métallique d’une punaise qui traverse la pièce et bute sur la vitre, un papier qu’on froisse, un rire étouffé, l’ennui…

C’est arrivé pourtant. Dans le préfabriqué de tôle qui tenait lieu de salle de dessin à l’écart des grands bâtiments. Une brèche soudain dans le cœur lourd du géant noir. »

Mon avis : Le titre sonnait comme une promesse, un mauvais présage au loin sous couvert d’amour. Avec un extrait pareil, nul doute que ce roman m’inspirait beaucoup. Sans parler de la couverture, que je trouve superbe. J’ai vu que le livre était très court, je l’ai embarqué avec moi un matin dans le RER, et sans crier gare, je me suis retrouvée complètement immergée dans cette histoire folle, passionnelle et si peu courante. Il a été difficile pour moi d’attendre le trajet du retour pour finir ce livre à peine commencé, et le refermer le cœur déjà gros.

Lella a quatorze ans. C’est une collégienne discrète, qui fume à la récré, qui se laisse aller dans la mélancolie qu’ont les jeunes trop mûrs pour leur âge. L’année scolaire s’étire dans un calme plat, fait d’ennui et d’attente. Jusqu’à ce jour, finalement peu décrit, où Marius Gracq entre dans sa vie. Marius Gracq est son professeur d’arts plastiques. Il a la cinquantaine, il passe ses journées à peindre entre les cours dans un préfabriqué. C’est un géant dont on saura finalement peu, si ce n’est qu’il est plein d’amour. Et Lella aussi. Elle embrasse ses ami(e)s pour connaître le frisson comme elle boit et monte sur le toit des églises, mais cela lui provoque bien peu de choses comparé à ce que Marius a à lui offrir. Commence alors une histoire d’amour, une passion relativement incompréhensible, répréhensible aussi, que Lella nous raconte avec des mots magiques.

Car au fond, c’est une histoire d’amour magique. Passionnelle, loin des regards, presque pudique, pleine de respect et d’attentions. Une histoire qui va les éloigner de la réalité, pour temps, quitte à ce qu’ils se la prennent en pleine gueule, comme un retour de bâton que l’on aurait pas voulu voir venir.

Pour le lecteur, c’est une histoire d’amour perturbante, cela va de soi. Qui a pu choquer, de ce que j’ai pu lire, et je comprends pourquoi. Mais je ne l’ai pas du tout perçue de cette façon. J’ai vite eu le sentiment que l’auteur ne cherchait pas du tout à nous prendre comme juge de cette relation, mais plutôt comme témoin presque bienveillant devant cet amour naissant. J’ai été légèrement désarmée par cette histoire, forcément. Je me suis posée des questions : comment Lella pourrait-elle aimer son professeur, pourquoi ? Je n’ai pas trouvé de réponses. Parce que ce n’était pas cela l’important. L’importance de ce livre réside dans le reste. Dans les sentiments si forts, si purs. Dans l’écriture, aussi. Éblouissante, poétique, qui ne vous lâche pas. Je n’ai pas relevé de citations durant ma lecture car j’aurais dû recopier les cent pages de ce livre. L’extrait de quatrième de couverture est déjà très parlant.

L’auteur m’a envoûtée, tout bêtement. Elle m’a touchée, bluffée, m’a fait trouver cette relation si belle vu de l’intérieur. Alors que mea culpa, je serais la première à être sceptique si j’entendais parler d’une telle histoire en réalité. Comme beaucoup, je serais de ceux qui condamnent Marius Gracq. Hors ici, ce serait juste faire un jugement à la hâte. Car comme toutes les histoires d’amour, c’est bien plus compliqué que cela.

Je ne suis donc pas passée loin du coup de cœur, allez même savoir ce qui m’a manqué. Peut-être le fait que je n’ai quand même pas accroché avec le personnage de Marius Gracq, mais c’est parce qu’il est bien peu décrit. Je ne peux que vous conseiller de lire ce roman insoupçonné, mais qui risque de vous pousser dans vos retranchements. Et parce que c’est un joli concentré de poésie, aussi.

Un grand merci à Mathilde, des éditions de la Rémanence pour sa confiance renouvelée et pour cet envoi. Qui s’est révélé être une très belle lecture.

**

Petit bonus (mais pas des moindres), l’auteur a très gentiment accepté de répondre à mes questions par mail. Si vous voulez en apprendre un peu plus sur le livre, j’espère qu’elle saura vous convaincre !

Tout d’abord, question d’ordre un peu personnel, la question basique : j’ai adoré votre écriture, c’est elle qui m’a donné envie de découvrir le livre avec l’extrait de quatrième de couverture, et j’ai été envoûtée dès les premières pages. Depuis quand écrivez-vous, et surtout, d’où vous est venue l’idée de ce roman pour le moins particulier ?

J’écris depuis l’adolescence dans des carnets, et j’ai commencé par écrire mes chansons avant de me lancer dans l’écriture de livres. Pour écrire ce roman, j’ai puisé dans ma propre expérience, dans ma vie d’adolescente, puis je l’ai bien sûr transformée pour ne pas tout livrer et en faire une histoire « lisible »…

Vouliez-vous vraiment mettre l’accent sur la nature de cette relation (à savoir une relation amoureuse entre une collégienne de quatorze ans et un professeur de plus de cinquante ans), ou simplement sur l’histoire d’amour entre eux ? J’ai eu le sentiment que le côté « bizarre », presque répréhensible de cette relation était éclipsé, parce que ce n’était pas ce que vous vouliez mettre en avant. Ai-je eu la bonne impression ?

Non, vous avez vu juste, je ne voulais pas mettre trop en avant cet aspect de la différence d’âge, car je souhaitais décrire cette histoire d’amour particulière mais sans pour autant porter de jugement, polémiquer ni expliciter. Il me semble pour l’avoir vécu, que parfois, l’amour n’a pas d’âge, et que la frontière entre ce qui est bien ou mal est difficile à placer… J’ai donc préféré laisser un « flou » sur ce côté « étrange », qui reste présent comme une ombre sur un tableau mais sans netteté, et mettre en avant le sentiment amoureux. 

L’histoire est courte, et la fin assez ouverte. Pourquoi ce choix ? Sans en dire trop pour gâcher le plaisir de la lecture à ceux qui ne l’auraient pas encore lu…

La fin : de façon générale, quand je peux, j’aime laisser des fins « ouvertes », ne pas tout livrer. C’est aussi une façon de laisser le lecteur imaginer à sa guise, s’interroger. Je n’aime pas « refermer » une histoire, je préfère laisser toutes les portes de l’imaginaire ouvertes.

Comment voyez-vous le personnage de Marius ? J’ai eu beaucoup de mal à le cerner dans le roman, puisque finalement seule Lella parle et les autres personnages (hormis Marius justement) ont peu d’importance.

Concernant Marius : idem, j’ai laissé le personnage flou, pour ne pas avoir à le juger, à l’enfermer dans une case. Il est artiste, rêveur, probablement un peu dépassé et noyé dans ses utopies, mais pour le reste, c’est comme si je l’avais « peint en flou », volontairement, tandis que le personnage de Lella est plus net, et placé au premier plan. Ce sont ses sentiments à elle qui comptent dans ce roman, ses rêves et désirs d’adolescente, sa sensibilité, sa démesure, son amour de cet homme et sa soif de vie qui la transportent… 

Et enfin, comment expliquez-vous cette histoire d’amour ? Du moins, y-a t-il vraiment une explication ou était-ce volontaire de ne pas trop en donner ?
Je n’explique pas cette histoire. C’est l’histoire du tourbillon que peut être parfois l’adolescence et de façon plus vaste, la vie. C’est l’histoire des ombres et des lumières qui cohabitent, la frontière mal définie du bien et du mal, l’histoire d’un amour impossible à long terme, d’un amour beau et tragique à la fois…
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Merci beaucoup à Héloïse Combes pour ses réponses.
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