Parce qu’il paraît qu’on en verra d’autres… Rien de Grave, par Justine Lévy

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Rien de Grave ; Justine Lévy

Le Livre de Poche (1ère parution : Stock)

2004

221 pages

Quatrième de couverture : « Tu t’attendais à quoi ? Je lui ai dit. Tu crois que ça va être facile de me quitter ? Tu crois que je vais te laisser faire comme ça ? J’ai lancé le cadre par terre, le verre s’est brisé mais comme c’était pas assez j’ai bondi du lit et j’ai déchiré la photo. […] Il a eu l’air triste, plus de la photo déchirée que du fait de me quitter. […] Je ne savais pas encore que c’était la meilleure chose qui puisse m’arriver, qu’il me quitte. Comment j’aurais pu le savoir ? Il était toute ma vie, sans lui je n’existais pas. »

Mon avis : C’est le deuxième roman de Justine Lévy que je lis en moins de deux mois, et je suis désormais certaine d’une chose : j’aime ses livres. J’aime ce qu’elle écrit, son style – à couper le souffle, ni plus ni moins. Rien de Grave comme La Gaieté m’a procuré cet effet si particulier, ambivalent ; le livre était court, et pour autant je n’avais l’impression de ne pas avancer dans ma lecture, même en lisant tout le temps. Quand je lisais, j’avais presque du mal à m’y mettre, alors qu’en le refermant, je me disais toujours la même chose : j’adore. Parce que ses livres vous bousculent, vous font mal. Et quand on est pas complètement abruti/maso, au bout d’un moment, on a besoin de reprendre son souffle. Du moins, j’en ai encore eu besoin. De faire des pauses, régulièrement, faire autre chose. Comme pour digérer ce que je venais de lire. Avant de reprendre ma dose, jusqu’à épuisement, ou presque.

On dirait que je parle d’un marathon, mais cette lecture en est un. Car Justine Lévy a cette écriture si particulière, virulente, sèche, dure, qui semble automatique. Elle a l’art de vous produire ce que j’appelle « les brouillons savamment travaillés ». Ce qui ressemble à un simple premier jet fait vite fait, mais qui vous procure mille émotions à la lecture. Je sais, je vous vends du rêve là un peu. Et pourtant, ce qu’écrit Justine Lévy, c’est plutôt la traversée d’un cauchemar.

Dans Rien de Grave, elle revient entre autres sur sa rupture avec celui qu’elle appelle Adrien dans le livre. La rupture amoureuse est un sujet qui me touche beaucoup, aussi futile et banal soit-il, mais je trouve qu’il est toujours très difficile à aborder. Et ici, autant dire qu’elle le fait très bien. Du moins, ça m’a touchée, et je pense que c’est l’essentiel.

« Adrien m’a quittée pour une autre. Adrien ne reviendra pas. C’est ça, être adulte. Etre adulte, c’est être remplacée. »

Elle aborde aussi sans pudeur ses relations toujours compliquées avec ses parents, pleines d’amour et d’ambiguïté, mais aussi son addiction aux amphétamines, sa descente aux enfers, et sa volonté de s’en sortir. Les mots sont crus, violents, acerbes, le sujet est dur, mais peu importe. J’ai été transportée avec elle durant quelques pages. D’où ce besoin de souffler, souvent.

« Le déguisement ne me déguisait plus et sans le déguisement je n’existais plus du tout, c’est quoi un déguisement s’il n’y a personne en dessous ? »

Beaucoup de personnes m’ont dit que ce livre avait pu les aider à certains moments de leur vie, notamment suite à une rupture amoureuse. J’avais du mal à comprendre, car je trouvais que ce livre, aussi beau soit-il, n’était pas vraiment d’une grande aide. Il revient sur toutes les étapes qui suivent la rupture : l’acceptation, la colère, le deuil, le fait d’avancer… Mais je n’y trouvais pas d’espoir. Jusqu’à la dernière page, que j’ai hésité à vous recopier ici, tant elle est magique. C’est le genre de pages que l’on voudrait encadrer ou transporter avec soi, pour se rappeler qu’après tout on avance, et que Rien n’est grave, justement.

« Tu vois Louise, on recommence, il m’a dit ce matin. C’est ça qui compte, recommencer. Je ne l’aime pas comme j’aimais Adrien. Je ne l’aime plus comme aiment les enfants. La vie est un brouillon, finalement. Chaque histoire est le brouillon de la prochaine, on rature, on rature, et quand c’est à peu près propre et sans coquilles, c’est fini, on n’a plus qu’à partir, c’est pour ça que la vie est longue. Rien de Grave. »

Voilà une chronique qui était encore bien difficile à faire et que j’ai écrite à l’arrache, pour changer. Au moins, vous aurez mes émotions à chaud, ou presque. Je vous conseille bien évidemment la lecture de ce roman, si vous pensez en avoir besoin, ou si vous vous sentez prêts. Je pense que tout le monde n’y trouvera pas le même intérêt, mais qu’importe. Ceux qui ont su le trouver en ont visiblement retiré beaucoup de bien.

15 commentaire sur “Parce qu’il paraît qu’on en verra d’autres… Rien de Grave, par Justine Lévy

  1. Tu m’as convaincue également, après avoir dévoré « La gaieté » j’ai emprunté « Mauvaise fille » à la médiathèque (je voulais « Rien de grave » mais visiblement j’ai été devancée, ce sera pour une prochaine fois). Merci pour ces découvertes !

    1. Tout le monde me dit de lire Mauvaise Fille, donc ce sera pour une prochaine fois ! Mais dis-moi si tu l’as apprécié 😉

    1. C’est une belle découverte de cette année pour ma part… J’ai l’impression que tout le monde connaissait cette auteur depuis très longtemps !

  2. J’ai été ébranlée par ce livre. Je l’ai aimé de tout mon coeur. Tu dis que tu ne comprenais pas pourquoi ce récit fait écho aux gens qui traversent une rupture, moi je l’ai compris et partagé. <3 ma chronique sera en ligne demain 🙂

    1. J’ai hâte de la lire…
      Disons qu’au début de ma lecture je ne comprenais pas, car cela rappelait surtout les étapes très douloureuses d’une rupture. Mais c’est en lisant la fin que j’ai compris. Ou du moins, c’est la fin du livre qui m’aurait beaucoup aidée en cas de rupture justement (si ce que je raconte est un tant soit peu intelligible)

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