La jolie claque du dimanche après-midi : La Gaieté de Justine Lévy

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La Gaieté ; Justine Lévy

Editions Stock

Parution le 31 mars 2014

215 pages

Quatrième de couverture : « C’est le paradis, c’est mon paradis, je ne sais plus rien de la politique, des livres qui paraissent, des films, des projets de Pablo, de l’autre vie, la leur, c’est comme un jeûne, une ascèse puéricultrice, c’est comme si j’avais été opérée de ma vie d’avant, je ne sais pas si ça reviendra, je ne sais même pas si je le souhaite, j’adore cette nouvelle vie de mère de famille un peu débile mais résignée, les jours cousus les uns aux autres par l’habitude et la routine, je me voue tout entière à mes enfants, je les tiens fort dans mes bras, je les tiens fort par la main, et bien sûr qu’eux aussi me tiennent et qu’ils m’empêchent de tomber, de vriller, bien sûr qu’eux aussi me rassurent, me comblent, me protègent et me procurent cette joie bizarre, assez proche de la tristesse peut-être, parce que je vois bien que ce n’est plus seulement de l’amour, ça, au fond, c’est de l’anéantissement. »

Mon avis : Dimanche, réveil 12h30, quoi de plus normal. Et quoi de meilleur, ensuite, que d’ouvrir les rideaux, et de glander des heures entières un livre à la main. Hier, j’ai décidé de me plonger dans La Gaieté, de Justine Lévy, un de mes derniers emprunts en bibliothèque. Je ne sais plus comment j’en avais eu entendu parler, sur un blog sans aucun doute, puis je l’avais mis sur ma wishlist Livraddict, parmi tant d’autres, et finalement je l’ai vu sur le catalogue des médiathèques près de chez moi, donc je n’ai pas trop réfléchi. Voilà pour la mise en contexte, vous avez le droit de vous en foutre grandement, mais ça me faisait plaisir.

Hier, je me suis donc plongée dans La Gaieté de Justine Lévy et je n’ai pas été déçue du voyage. Dans ce livre, l’auteur aborde la maternité dans ses aspects les plus stressants. Et pourtant, le livre commence d’une façon bien plus gaie ; au moment où elle découvre qu’elle est enceinte pour la première fois, elle affirme qu’à partir de cet instant, elle sera heureuse. Le début du livre (allez, les 80 premières pages en fait), m’ont complètement désarçonnée ; l’auteur nous fait une liste incroyable de tous les anxiolytiques qu’elle prend, nous montre en long en large et en travers combien elle est névrosée et SURTOUT risque de vous passer l’envie d’avoir des enfants ad vitam aeternam. Du moins, c’est la façon dont je l’ai ressenti. J’avais l’impression de ressentir l’anxiété de l’auteur même à travers les pages et au fond… je me disais que je n’avais pas vraiment besoin de ça. Et j’ai regardé de nouveau le titre : la gaieté, vraiment ? Parce que je m’attendais plutôt à ça comme ambiance en fait :

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Et bon, ben… pour l’ambiance de folie, on repassera. Mais je n’ai pas désespéré – et j’ai bien fait. J’ai été totalement surprise par la suite du roman (qui explique un peu mieux les névroses de la narratrice). Louise – le personnage principal donc – revient sur plusieurs événements qui ont marqué sa vie. Au moment où sa fille Angèle naissait, sa mère mourait. Sa mère, qui avait ses « règles » toutes les semaines, que l’on traitait de « camée » dans la rue, sans que Louise comprenne pourquoi. Elle revient ensuite sur toutes les fois où elle a été ballottée de chez sa mère à chez son père, où elle a affronté les remarques blessantes et infondées des belles-mères qui ne voulaient pas d’elle dans les parages. Une enfance un peu pourrie, qu’on se le dise. A côté nos chagrins de bac à sable c’est du pipi de chat. Et finalement, tout s’éclaire. Cette maternité angoissante, à la recherche de la perfection, après avoir lu tous les livres possibles et inimaginables des pédopsychiatres et les revues pour enfants. Louise se veut mère parfaite, et comme toutes les mères, elle l’est, à sa façon. En faisant beaucoup d’erreurs. Sauf qu’elle est incroyablement anxieuse – mais elle se soigne. Et le livre prend alors une tournure incroyable, il vous remue de façon insoupçonnée. Jusqu’aux évocations de souvenirs de la fin qui vous retournent le bide, histoire de vous faire mal un bon coup et de revoir votre jugement sur le livre.

J’ai pris une belle claque, clairement. Je m’attendais à une lecture facile, pas forcément légère, mais pas bien méchante, et j’ai refermé le livre le cœur gros. Pendant un bon moment, j’ai eu besoin d’oxygène, j’ai récuré ma salle de bains, sorti les poubelles et changé mes draps, j’ai mis de la musique douce et allumé des bougies – et ça y est, je me sentais mieux. Après avoir écumé les Agnès Martin-Lugand et avoir ressenti un trop plein de niaiserie, voilà que j’en redemandais finalement.

Et comme je suis maso, je compte bien lire d’autres livres de l’auteur. Parce que j’ai pas eu assez d’étalage de Xanax et de Prozac comme ça.

Avant de terminer cette chronique qui fait encore dix pieds de long, j’avais quand même envie de revenir sur un point qui n’est pas des moindres : l’écriture. Justine Lévy a une écriture forte, très particulière. Ses phrases sont longues, ponctuées de virgules et très rythmées, on aurait presque du mal à les lire à voix haute (promis, j’ai essayé. Et c’est digne d’un exercice d’éloquence). Elle passe parfois du coq à l’âne, et au début, j’ai été assez décontenancée. Non pas que son écriture soit mauvaise, absolument pas. Au contraire, sa plume est incroyable. Mais il faut s’y attacher, prendre son temps, et finalement se laisser porter par le flot de paroles presque continues digne d’une psychanalyse. Parce que c’est peut-être ça son livre en fait, même si je ne doute pas du fait que j’extrapole complet : une psychanalyse, un flot de pensées et de souvenirs qui sortent, épars, et qui vous laissent muets.

« Peut-être que c’est ça que je transmets à mes enfants dans le fond, peut-être que c’est cette tendresse et ces baisers dont je ne me souviens pas, dont personne ne se souvient jamais mais dont on garde la trace en soi il paraît, toute sa vie, peut-être que c’est cette tendresse dont je n’ai même pas la trace invisible que j’essaie de leur transmettre, vaille que vaille, comme je peux, c’est les travaux d’Hercule, c’est comme parler dans une langue étrangère, ça m’épuise, ça me rend dingue, mais c’est ça que je dois faire […] »

« Le problème avec la méchanceté, la méchanceté pure, totale, c’est que ça n’a rien à voir ni avec la force, ni avec le courage, ni avec l’humour ou l’intelligence, c’est une maladie sans traitement, sans médicament, ça ne s’atténue pas avec l’âge ou avec les épreuves ou les joies de la vie, non, on ne peut rien y faire, c’est comme le désespoir, ça finit par se retourner contre vous et par vous bouffer de l’intérieur. »

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17 commentaire sur “La jolie claque du dimanche après-midi : La Gaieté de Justine Lévy

    1. Elle a un style très particulier, mais comme tu dis, son style est puissant, c’est le moins qu’on puisse dire !
      Essaie-donc ! 🙂

      1. J’ai lu l’excellent La Mauvaise Fille (2009), qui est en grande partie une réécriture méditative d’un roman de Simone de Beauvoir, Une Mort très douce. Il m’a fallu dépasser l’image mondaine que j’avais de cette écrivaine, « la fille de BHL, l’ex de Raphaël Enthoven ». En fait elle a un grand talent.

    1. Sors le vite de ta bibliothèque alors ! (sauf tu es vraiment trop déprimée en ce moment, dans ce cas-là ce n’est sans doute pas ce qu’il te faut…)

  1. Oh j’adore ton billet et ton blog au passage et les extraits du livre de Justine sont si parlants ! j’attends chacun de ses livres et je saute dessus à chaque fois !
    Ravie de lire ton billet enthousiaste à son sujet 🙂

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