Revue : Un tout petit Rien – Camille Anseaume

couv12828222

Titre : Un Tout petit Rien

Auteur : Camille Anseaume

Editions : Kero

Date de parution : 10 février 2014

Nombre de pages : 244

Quatrième de couverture : « On n’a ni projets ni même le projet d’en avoir. Le plus gros engagement qu’on ait pris ensemble, c’était de se dire qu’on s’appellerait en fin de semaine. C’était quand même un mardi. On s’aime surtout à l’horizontale, et dans le noir, c’est le seul moment où on n’a plus peur de se faire peur, où on ose mélanger nos souffles sans redouter que l’autre se dise que ça va peut-être un peu vite. C’est beaucoup plus que sexuel, c’est beaucoup moins qu’amoureux. C’est nos culs entre deux chaises, c’est suffisant pour faire semblant de faire des bébés, pas pour en avoir. »

Avec un humour et une justesse remarquables, Un tout Petit Rien raconte l’histoire d’un choix. Le choix que fera une jeune femme enceinte de l’homme qui partage ses nuits, mais pas beaucoup plus. Un très joli roman, aussi intime qu’universel, sur le passage mouvementé d’une existence à une autre.

Mon avis : Il y a quelques semaines seulement, je me plongeais dans Ta façon d’être au monde de Camille Anseaume. Et ce fut un coup de cœur immédiat. Je décidai alors de découvrir son autre roman, son premier, aussi paru chez Kero, Un tout petit rien. On me l’avait dit encore plus intense, plus touchant, plus prenant que Ta façon d’être au monde. J’avoue qu’il n’en fallait pas beaucoup plus pour attiser ma curiosité. Il est disponible en médiathèque, donc je me suis empressée d’aller le chercher.

Un tout petit rien, c’est donc l’histoire d’un choix cornélien. Celui d’une femme qui se retrouve dans le fait accompli. Comme des millions d’autres avant elle, elle a fait pipi sur un bâtonnet en plastique, et elle a vu les deux barres, signe implacable du destin. Elle est enceinte.

« Les mères adorent raconter en détail le moment où elles ont découvert qu’elles allaient l’être. En général, ça se passe aux toilettes. […] Pour moi, ça s’est passé presque pareil. Et quand il a mis fin au silence, c’était pour dire :

-On le garde pas. »

Ils étaient deux à être responsables. Mais elle se retrouve seule face à la décision. Et elle a peu de temps pour décider de ce qu’elle veut. Au vu du sujet, c’était donc un roman poignant, qui m’a beaucoup émue. J’ai failli lâcher quelques larmes à la fin, je l’avoue. J’ai beaucoup aimé la façon dont l’auteur traite le sujet : elle nous montre une femme qui perd les pédales, et surtout qui ne sait plus que choisir. Sa raison lui dit qu’il n’est pas bon de faire un enfant seule dans ces conditions, mais son cœur refuse de se résoudre à l’avortement. L’IVG était décrit tout au long du roman comme une option formidable, mais qui relève de courage. Car – loin de moi l’idée de créer la polémique – les femmes ne se font pas avorter comme elles vont chez le coiffeur. L’avortement est bien souvent une solution extrême, qui peut s’avérer traumatisante.

« On est au XXIème siècle, en France, je suis une femme moderne. Je suis contre la peine de mort et pour le mariage homosexuel. Je suis abonnée à Télérama, j’achète des légumes bio sur le marché quand je n’ai plus de surgelés Picard dans le congélo, parfois je fais l’amour, comme ça, pour le plaisir, sans engagement ni projets particuliers. Je porte des strings et je vote à gauche, il m’est même sûrement arrivé d’aller voter à gauche en string. Je suis pour l’avortement, qu’on ait seize ans, pas de ronds ni mec, ou trente-cinq et un appartement confortable avec chambre d’amis, suite nuptiale et mari aimant à l’intérieur. Je suis pour que les gens aient le choix de donner naissance à un enfant ou pas, je suis contre ceux qui célèbrent le miracle de la vie en prônant que chaque grossesse en est un, je suis contre ceux qui érigent leurs valeurs personnelles en principes universels. 

Au XXIème siècle, célibataire, en France, je n’ai objectivement aucune raison de ne pas décrocher ce putain de téléphone pour prendre rendez-vous à l’hôpital le plus proche et qu’on me fasse un truc propre et discret. »

Et pourtant, elle n’arrive pas à s’y résoudre. Ce livre est donc l’histoire de sa grossesse, voulue ou non, qu’elle essaie de justifier ou de cacher, c’est selon.

J’ai adoré ce livre pour les valeurs qu’il prône, pour la réflexion qu’il apporte, pour ces jugements qu’il nous fait ranger au placard. J’ai adoré ce livre pour l’écriture de Camille Anseaume, toujours aussi déliée, intense, parfois provocatrice mais aussi pleine d’humour. J’ai adoré ce livre de bout en bout, tout simplement.

Je n’arrive pas encore à me décider pour savoir si oui ou non il s’agissait d’un coup de cœur. Quoi qu’il en soit, Camille Anseaume est une auteur que je vais suivre à l’avenir, sans aucun doute. Et je vous conseille de découvrir en vitesse ce roman coup de poing. Et bonne nouvelle pour les petits budgets : il est sorti chez Le Livre de Poche !

10 commentaire sur “Revue : Un tout petit Rien – Camille Anseaume

  1. Tu as donc vite sauté sur l’occasion de lire son autre titre. Bien que mitigée lors de ma découverte de Ta Façon d’être au monde, je testerai tout de même celui-ci.

    1. Aucun doute, fonce !

      Et sinon c’est aussi une auteur blogueuse, et son blog est vraiment très drôle (si le cœur t’en dit, c’est Café de Filles).

  2. Eh bien ce n’est pas un roman qui m’a accroché. Son choix est courageux mais sur fond d’égoïsme et bien qu’il est honorable pour elle de vouloir ce bébé coûte que coûte, je n’ai pas été touchée… Malgré tout, je reconnais n’avoir jamais lu d’autres livres sur ce choix IVG/maternité et je suis contente de l’avoir découvert et d’avoir découvert l’auteur.
    J’ai hâte de découvrir Ta façon d’être au monde 🙂

      1. Eh bien, j’ai peur que ce soit le style de l’auteur… C’est pourquoi j’aimerais beaucoup réitéré avec Ta façon d’être au monde pour confirmer mes doutes. Le sujet n’est pourtant pas un sujet qui me rebute. Au contraire, depuis j’ai lu 89 mois, dans lequel l’héroïne désire avec un bébé avant d’être « hors d’état » et va coûte que coûte essayer d’avoir ce bébé.
        Je verrais bien Ta façon d’être au monde 🙂

        1. Tu as raison de tester ! Mais c’est vrai que si tu n’as pas trop adhéré au style de l’auteur, je ne sais pas si tu aimeras Ta façon d’être au monde…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *