Revue : Philippe – Camille Laurens

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Titre : Philippe

Auteur : Camille Laurens

Editions : Stock

Date de parution : 2011

Nombre de pages : 89

Quatrième de couverture : « On peut bien dire qu’on est malheureux, mais on ne peut pas dire le malheur. Il n’y a pas de malheur dans le mot malheureux. Tous les mots sont secs. Ils restent au bord des larmes. Le malheur est toujours un secret. »

Mon avis : Après avoir eu un énorme coup de cœur pour Celle que vous Croyez de Camille Laurens, livre que j’avais lu le mois dernier dans le cadre du Prix du Roman des Etudiants, j’ai décidé de me pencher plus amplement sur la bibliographie de l’auteure. Mon choix s’est porté sur ce tout petit roman, qui relève presque de la nouvelle et qui pour autant a un contenu très fort.

Dans une sorte d’entreprise autobiographique, Camille Laurens nous confie ici la mort de son fils, Philippe, quelques heures après sa naissance. Elle essaie, non sans difficulté, de mettre des mots sur le malheur qui la traverse alors, même s’il a quelque chose d’inqualifiable. Elle n’a été mère que quelques minutes, et pourtant ; elle a perdu son enfant, la chair de sa chair, et c’est une mère endeuillée.

Même si je suis de nature émotive et que de ce fait certains de mes avis peuvent paraître peu objectifs, j’ai dû retenir mes larmes en lisant ce livre dans le train tant il m’a fait l’effet d’un coup de poing. Je ne l’avais pas tellement vu venir, il me paraissait inoffensif par sa taille et il n’en était rien. Peu à peu tout apparaît devant nos yeux : l’inattention du personnel soignant, le danger et l’erreur médicale. Puis la solitude, d’une mère déjà plus mère dont tout le monde s’éloigne, comme pour conjurer le mauvais sort, et que personne ne comprend. Elle ne va pas apprendre aux médecins leur métier, après tout, elle n’y connaît rien. Pourtant, elle ne peut oublier. Son enfant est mort et elle doit vivre quand même. Avec ou sans lui.

« J’écris pour dire Je T’aime. Je crie parce que tu n’as pas crié, j’écris pour qu’on entende ce cri que tu n’as pas poussé en naissant – et pourquoi n’as-tu pas crié, Philippe, toi qui vivais si fort dans mes ténèbres ? J’écris pour desserrer cette douleur d’amour, je t’aime, Philippe, je t’aime, je crie pour que tu cries, j’écris pour que tu vives. Ci-gît Philippe Mézières. Ce qu’aucune réalité ne pourra jamais faire, les mots le peuvent. Philippe est mort, vive Philippe. Pleurez, vous qui lisez, pleurez : que vos larmes le tirent du néant. »

Ce court roman a renforcé mon amour naissant pour l’auteure. Son écriture est puissante, intense, elle vous touche, vous bouleverse de façon inattendue. Si vous avez le cœur bien accroché, je ne peux que vous recommander Philippe, qui se lit très rapidement mais vous marquera longtemps.

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