Revue : Nous sommes cruels – Camille de Peretti

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Titre : Nous sommes cruels

Auteur : Camille de Peretti

Editions : Le Livre de Poche (1ère parution chez Stock)

Date de parution : 2006

Nombre de pages : 283

Quatrième de couverture : Julien et Camille sont faits pour s’entendre. Fascinés par la littérature du XVIIIème siècle, élèves brillants, cyniques, ils ont la conviction de s’être trompés d’époque. Et surtout une dévorante envie de s’amuser et d’affirmer leur toute puissance. Alors quoi de mieux pour combler leurs aspirations que de se prendre pour le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil ? Quelques règles, de nombreuses « proies » à séduire, un maximum de « trophées »… Les voilà « partenaires de crime », maîtres d’un jeu cruel dont ils tirent les ficelles en redoutables manipulateurs. Mais c’est un jeu dangereux, qui risque de se retourner contre eux et de les précipiter dans ce qu’ils redoutent le plus : devenir des adultes…

Mon avis : J’avais entendu parler de ce livre sur quelques chaînes youtube où il avait été présenté… Mais il me semble que je n’avais jamais vraiment lu d’avis sur ce livre. Je me suis donc lancée dans ce livre pas vraiment à l’aveugle, mais sans avis autour qui auraient pu m’influencer. (et j’avoue que de temps en temps ça fait du bien. Ca évite nombre de préjugés sur certaines lectures). Je savais bien évidemment que ce livre était une réécriture moderne des Liaisons Dangereuses de Choderlos de Laclos, livre que j’avais lu à l’occasion de ma première littéraire (j’étais même tombée dessus à l’oral de français, autant dire que j’en ai des souvenirs impérissables). Je me souviens que l’histoire m’avait bien plu même si le livre était un peu long, mais que le tout était particulièrement acide, puisqu’il s’agit d’un roman épistolaire où les jeux de séduction et de manipulation sont poussés à l’extrême. Parmi les personnages principaux, il y a donc la Marquise de Merteuil et le Vicomte de Valmont, qui ont pour principal jeu de séduire en manipulant leurs « proies ». La principale proie du livre est bien évidemment Madame de Tourvel, que Valmont se met en quête de manipuler, principalement par défi, pour épater la Marquise de Merteuil si on veut. Je ne dresse là qu’un grossier résumé sachant qu’il y a plein d’autres personnages et que l’histoire est aussi drôle que dure (entre naïveté dont on rit et hypocrisie qui blesse…). Mais dans tous les cas, je pense sincèrement que si vous n’avez pas lu les Liaisons Dangereuses, vous ne saurez certainement pas apprécier Nous Sommes Cruels à sa juste valeur. (pas besoin de l’avoir lu il y a deux jours et de se souvenir de tout, mais sans la trame, on peut perdre beaucoup du charme de la lecture).

Nous Sommes Cruels, c’est donc l’histoire de Julien et Camille (de 18-20 ans, en gros), qui décident de s’envoyer des lettres et d’instaurer un petit jeu entre eux : il sera le vicomte de Valmont, elle la marquise de Merteuil. Si au début cela n’est pas bien méchant, le jeu devient très vite prenant pour les deux personnages, et ils se donnent des défis de plus en plus grands, mais qui ont des conséquences sur ceux qui les entourent… Camille est prête à séduire celui que Julien aura choisi pour elle, juste pour qu’il cède, et qu’elle puisse le laisser tomber. Autour d’eux, plusieurs amis s’échangent aussi des lettres, tout comme dans les Liaisons Dangereuses d’ailleurs, permettent de donner plus de détails sur l’action (on comprend mieux qui et qui, où ça, etc…), et surtout permettent le jeu des points de vue (bonjour l’hypocrisie…). Tous les coups sont permis, et nous suivons l’ascension de tous ces personnages pendant plus de deux ans… vers le pire ?

J’ai beaucoup été séduite par cette réécriture des Liaisons Dangereuses, très moderne en effet. Beaucoup d’aspects ont été conservés du livre, et d’autres sont remplacés pour la cohérence du livre (réécriture moderne, donc). Cela m’a beaucoup rappelé Cruel Intentions (ou Sexe Intentions en français), l’un des films qui se revendiquait déjà comme une adaptation moderne des Liaisons Dangereuses, mais dans un campus américain cette fois-ci (rien à voir avec ma lecture actuelle, mais très sympa, si le coeur vous en dit). L’adaptation des Liaisons Dangereuses (les vraies !) par Stephen Frears est aussi géniale.

Bref, pour en revenir au livre dont je suis censée faire la chronique : j’ai pas mal adhéré aux personnages, même si je leur aurais bien collé des baffes, mais c’est justement tout l’intérêt de leurs personnages, cyniques à souhait. L’histoire m’a beaucoup plu, et alors que certains romans épistolaires peuvent paraître longs, j’ai lu celui-ci d’une traite. Je me suis sentie prise au jeu moi aussi et je voulais absolument en connaître l’issue. D’ailleurs celle-ci ne m’a pas déçue; elle est spéciale, certes, mais à l’image des Liaisons Dangereuses. Bien évidemment je ne vous en dis pas plus, je ne voudrais pas vous spoiler.

J’ai juste eu un tout petit peu de mal avec un détail du livre : durant la moitié du livre sans doute, Camille et deux de ses amies se retrouvent en prépa littéraire dans un lycée parisien que je connais très bien (trop ?), et même si je pourrais vous parler de la prépa pendant des heures en bien comme en mal, je ne me suis pas du tout reconnue dans les descriptions apportées par les personnages. Certes, la prépa est un monde à part où on nous apprend à faire des choses qui peuvent sembler totalement inutiles, mais je trouve que là, c’est poussé à l’extrême, et c’est bien dommage. C’est donner une image bien peu réaliste de la prépa, même si je ne veux pas l’idéaliser, loin de là.

Je crois que j’en ai fini avec ce petit livre… Une chose est sûre, si vous avez lu Les Liaisons Dangereuses, je vous le conseille à mille pour cent. Désolé, cette revue n’aura pas été focalisée que sur le livre en lui-même, mais je pense que faire le lien avec l’oeuvre d’inspiration était plus que nécessaire vu le contexte.  Pour clôturer cet article, je me suis dit qu’une petite citation pourrait être sympa !

« Je ne veux pas être écrivain. Je veux être actrice. Jouer. La vie n’a aucun sens. Les philosophes posent des questions qui n’ont pas de réponse. Les poètes parlent du bleu du ciel avec des métaphores pourries, alors qu’il suffit juste de le regarder. Les politiciens se font faire des liftings, car ils ont peur qu’on sache qui ils sont. Les pompiers sauvent des gens et les flics se bourrent la gueule en attendant que quelqu’un les agresse, histoire de pouvoir verbaliser. Les boîtes de nuit sentent la transpiration, et, à l’aube, ça colle par terre. Les profs ne savent pas raconter les histoires, les parents se sentent coupables, les vieux pensent que tous les jeunes sont des ingrats. Les garçons de café sont odieux. Les amoureux, prétentieux. Dieu est loin. Toi aussi, je pense à ma Nini, la folle qui a décidé de se détruire à coups de médicaments et de verres de rosé. Je t’aime, Ninotchka, fais bien attention à toi. »

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