Hiver à Sokcho – Elisa Shua Dusapin

Hiver à Sokcho - Elisa Shua Dusapin

Hiver à Sokcho ; Elisa Shua Dusapin

Editions Zoé

19 août 2016

140 pages

Quatrième de couverture : À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n’est jamais allée en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l’inspiration depuis sa Normandie natale. C’est l’hiver, le froid ralentit tout, les poissons peuvent être venimeux, les corps douloureux, les malentendus suspendus, et l’encre coule sur le papier, implacable : un lien fragile se noue entre ces deux êtres aux cultures si différentes. Ce roman délicat comme la neige sur l’écume transporte le lecteur dans un univers d’une richesse et d’une originalité rares, à l’atmosphère puissante.

Mon avis : Ma première vraie découverte de la rentrée littéraire 2016. Il faut dire qu’il était temps que je m’y mette. Je l’avais attendue (presque) depuis le début de l’été, j’avais reçu plein de livres, fait une jolie petite pile bien propre, et au moment de quitter l’appartement dans lequel j’avais vécu pendant un mois, je me suis rendu compte que j’avais surtout accumulé des tas de livres supplémentaires sans prendre le temps de les ouvrir.

Hiver à Sokcho - Elisa Shua Dusapin

L’heure était donc grave. Pour remédier à une belle insomnie de vendredi à samedi, j’ai donc pris le premier livre sur la dite-pile qui avait juste été sortie de la valise, à savoir Hiver à Sokcho d’Elisa Shua Dusapin. Grand bien m’a fait ! Ce livre m’a transportée des heures durant en Corée du Sud, avec une habitante de Sokcho désabusée, travaillant dans un hôtel défraîchi.

Le roman s’ouvre sur sa rencontre avec un Français, un dessinateur de bandes dessinées venu se reposer loin de l’agitation des villes et bien décidé à trouver l’inspiration pour son prochain opus. Ces deux âmes en peine n’auront de cesse de se croiser, de s’effleurer, sans jamais vraiment réussir à communiquer. Leur approche est touchante, ils s’observent plus qu’ils ne se parlent. Ils apprennent à se connaître par procuration, dans un paysage à la fois saturé d’odeurs et presque lunaire en plein cœur de l’hiver.

Ce livre m’a fortement rappelé l’oeuvre de Marguerite Duras, et je pense qu’il est en effet facile de faire ce parallèle ; une histoire (d’amour ?) presque avortée, le mélange des cultures entre France et Asie, des personnages complexes mais bien peu prolixes, et surtout beaucoup de poésie. J’ai retrouvé beaucoup de L’Amant ou de Hiroshima Mon Amour dans ce texte, et cela n’était pas pour me déplaire.

Ce roman est court, mais il n’empêche que j’ai voulu le finir quasiment d’une traite. Sans vraiment comprendre pourquoi, j’ai été obnubilée par ces personnages et par leur sensibilité. Elisa Shua Dusapin maîtrise sans aucun doute l’art du détail. Elle m’a transportée quelques heures le long du port de Sokcho, je sentais presque l’odeur fétide du poisson que l’on vide à mains nues, et j’entendais distinctement la plume qui glisse sur le papier. Autour de ce duo d’étrangers assez mal à l’aise, les autres personnages m’ont semblé être comme des monstres, ils faisaient presque peur avec ces descriptions physiques à n’en plus finir. L’auteur met ainsi habilement l’accent sur l’intérêt coréen pour la chirurgie esthétique – attrait qui rend fortement mal à l’aise.

« De l’autre côté du mur, la main était lente. Pavane de feuilles mortes dans le vent. Nulle violence dans ce bruit. De la tristesse. De la mélancolie plutôt. La femme devait se lover au creux de sa paume, s’enrouler autour de ses doigts, lécher le papier. Toute la nuit je l’ai entendue. Toute la nuit j’aurais voulu tirer sur mes joues pour couvrir mes oreilles. Le supplice n’a cessé qu’au petit matin, lorsqu’enfin la plume s’est tue, épuisée je me suis endormie. »

C’était une lecture puissante, bien écrite, qui m’a prise de court. Un voyage inattendu vers un port gelé, où les corps et les âmes transis ne savent comment se réchauffer. Un moment de poésie douce sous couvert de mélancolie, l’histoire d’une rencontre bien peu ordinaire.

« Suintant l’hiver et le poisson, Sokcho attendait.
Sokcho ne faisait qu’attendre. Les touristes, les bateaux, les hommes, le retour du printemps.
« 

Voilà typiquement le genre de lecture qui me rappelle pourquoi j’aime tant la rentrée littéraire après un été fait de légèreté… Parce qu’elle nous offre toujours son lot de découvertes si bien écrites et sur lesquelles je ne me serais pas forcément retournée autrement !

Merci aux éditions Zoé pour ce doux moment de lecture – et pour m’avoir occupée quand je ne dormais pas !

9 commentaires sur “Hiver à Sokcho – Elisa Shua Dusapin

    1. C’est un premier roman en plus, de quoi découvrir une nouvelle plume ! 😉
      En tout cas moi j’ai beaucoup aimé la thématique

  1. Je ne connais pas cette maison d’édition, je n’ai pas entendu parler de ce titre ni même de cet auteur (en même temps, premier roman, ça semble logique) ahah 🙂 mais comme tu le sais sûrement déjà, je suis tellement hermétique à la culture asiatique… du coup je vais me concentrer sur autre chose 🙂

    1. Oui je sais bien… Et c’est dommage, car il en vaut vraiment la peine !
      Mais je crois t’avoir déjà parlé de cette maison d’édition avec un thriller – je t’en avais parlé lorsqu’on avait rencontré Abha Dawesar (ceci dit je comprends que tu aies oublié !)

    1. Merci beaucoup, ton commentaire me fait très plaisir !
      Mais oui effectivement. C’est dur parfois de retranscrire tous les sentiments qu’un livre a pu nous faire vivre !

  2. Il a l’air pas mal du tout, celui-là ! J’avoue que je ne m’y serais jamais intéressée sans ta chronique, d’autant plus que je ne connais pas la maison d’édition. Il a l’air très chouette en tout cas, et même si la culture asiatique ne m’intéresse pas plus que ça, le « choc » avec la culture française peut être sympa 🙂

    PS: tu as vu, je me remets aux commentaires (miracle) ! 😉

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